Le cinéma de Tietie007.

Le cinéma de Tietie007.

ET LEATHERFACE TERRORISA LA FRANCE !

 

En 1974, le jeune réalisateur américain Tobe Hooper sortait Massacre à la Tronçonneuse, narrant les périples macabres d'une famille de consanguins, bouchers au chômage, dont le passe temps favori est de kidnapper des automobilistes perdus, pour les dépecer, dans cette Amérique profonde ! Le héros familial, Leatherface, dont le joujou favori est une tronçonneuse pétaradante, colosse hirsute et crasseux, s'inspire directement du tueur en série Ed Gein, paysan autiste, qui assassinait et dépeçait dans sa ferme des jeunes femmes et fabriquait des masques de peau humaine, pratique à laquelle se livre notre apprenti boucher-bûcheron d'où son surnom, "Leatherface", face de cuir !

 


Le film fut interdit de projection en France jusqu'en 1982, ce qui fait sourire, aujourd'hui, en regardant le film, et qui évoque une époque révolue où la censure existait vraiment. Car l'opus de Hooper est plus suggestif que démonstratif, plus érotique que pornographique, la violence crue n'étant jamais filmé mais toujours suggérée, très loin des standards horrifiques d'aujourd'hui, où on découpe, brise, décapite, dans la joie et l'allégresse, la violence extrême montrée désamorçant le potentiel émotionnel de cette dernière. Hooper narre son histoire avec une image vilaine accompagnée d'une musique stridente, filmant cette famille de psychopathe jouée par des acteurs hideux, et le coup de génie du réalisateur c'est d'avoir fait coïncider l'horreur de l'histoire à la laideur de la forme, laissant le spectateur face un objet non identifié, qui rompait avec les standards horrifiques de l'époque !

Surtout, Hooper renverse le paradigme du antihéros des films d'horreur, tapi dans les sombres villes, prenant le visage d'un sérial killer bostonien, terrorisant les citadins, némésis peu reluisante d'une modernité triomphante qui s'inscrivait dans les mégalopoles occidentales. Car ici, l'horreur se loge dans l'Amérique profonde, dans ces villes fantômes victimes de leur isolement,  de la crise, des délocalisations, espace marginalisé et délaissé par les pouvoirs publics, où se cache les nouveaux barbares, des anciens prolétaires au chômage qui moisissent dans leur jus délétère,  produits monstrueux d'une tradition oubliée et d'une modernité avortée !

C'est cette Amérique rurale, loin des lumières de la ville, qui inquiète, suspecte de pratiques consanguines et d'obscurantisme diabolique, c'est ce changement de paradigme qui produit un certain malaise chez le spectateur, confronté à cette campagne déglinguée et folle, loin de l'image d'Epinal du bon campagnard qui vit au rythme des saisons, dans un cadre paradisiaque. 

C'est peut-être pour cela que la France, encore très rurale, a censuré ce film pendant 8 ans, pas à cause d'une extrême violence qui n'est jamais montrée, mais parce que la ruralité apparaît scandaleuse !

 


 

 



30/05/2015
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